Guinée : Aboubacar Mandela Camara plaide pour une refondation du système éducatif et propose une conférence nationale sur l’éducation
Face aux défis persistants liés à l’accès, à la qualité et à la gouvernance du système éducatif guinéen, Aboubacar Mandela Camara estime qu’une nouvelle réflexion nationale s’impose. Le sociologue et expert-consultant en gouvernance des systèmes éducatifs propose l’organisation d’une conférence nationale sur l’éducation afin de faire le bilan du parcours effectué et de définir de nouvelles bases pour l’école guinéenne.

Depuis son indépendance, le 2 octobre 1958, la Guinée a connu plusieurs réformes de son système éducatif. Parmi celles-ci, deux ont été particulièrement radicales et transformationnelles : la réforme de 1959 et celle de 1984.
La réforme de 1959, première grande rupture
L’ordonnance n°42/MEN/59 du 5 août 1959 a constitué une étape déterminante dans la définition des orientations du système éducatif du jeune État guinéen. Elle a notamment permis de déterminer les ordres d’enseignement, les programmes, les horaires et les diplômes.
Cette réforme poursuivait trois principaux objectifs : rénover les valeurs culturelles africaines, rendre effectif le droit à l’instruction reconnu à tout citoyen de la République de Guinée par la loi constitutive du 10 novembre 1958, mais également permettre au peuple de Guinée d’accéder à une culture scientifique plus poussée et à des techniques répondant aux besoins réels du pays.
1984 : une nouvelle orientation du système éducatif

À la suite de la prise du pouvoir par le Comité Militaire de Redressement National (CMRN), les autorités de l’époque ont organisé une conférence nationale sur l’éducation nationale, du 24 mai au 3 juin 1984 à Conakry.
Cette rencontre a abouti à plusieurs décisions majeures visant à remettre en question le système éducatif issu de la période révolutionnaire.
Parmi les principales mesures figuraient la suspension de l’utilisation des langues guinéennes comme langues d’enseignement au profit du français, la suppression des cours idéologiques ainsi que celle des travaux manuels des élèves liés à la production agricole dans les établissements scolaires.
Comme la réforme de 1959, celle de 1984 a ensuite été suivie de plusieurs réformes d’ajustement, notamment à travers les lois d’orientation de 1989 et de 1997.
Plusieurs réflexions, mais des défis toujours présents
Au fil des années, d’autres initiatives ont été engagées pour réfléchir à l’avenir de l’éducation en Guinée. Aboubacar Mandela Camara rappelle notamment les États généraux de l’éducation de 2008, la Table ronde de 2011 et la Commission de réflexion sur l’éducation nationale mise en place en 2016.
À ces initiatives s’ajoute le RESEN de 2019, qui a notamment permis l’élaboration du Programme décennal de l’éducation en Guinée (ProDEG 2020-2029).
Ces différentes réformes et réflexions ont permis d’enregistrer des résultats encourageants, notamment en matière de scolarisation. Toutefois, estime Aboubacar Mandela Camara, les défis demeurent considérables, particulièrement en ce qui concerne l’accès à l’éducation, la qualité des apprentissages et la gouvernance du système éducatif.
Pour lui, l’école guinéenne actuelle « n’accomplit pas pleinement ses missions ».
Une conférence nationale pour repenser l’école guinéenne
Dans ce contexte, Aboubacar Mandela Camara estime que le moment est venu d’engager une nouvelle réflexion nationale sur l’éducation.
Alors que la Guinée amorce, selon lui, un tournant décisif de son histoire avec l’avènement de la 5e République et la mise en œuvre de programmes et projets de développement ambitieux, notamment SIMANDOU 2040, il considère qu’il est nécessaire que la communauté éducative guinéenne se retrouve pour faire le bilan du parcours effectué et définir de nouvelles bases pour le système éducatif.
C’est dans cette perspective qu’il propose l’organisation d’une conférence nationale sur l’éducation.
« Donner la parole aux Guinéennes et aux Guinéens »
Pour l’expert, cette nouvelle initiative ne devrait surtout pas être conçue comme une démarche uniquement élitiste.
Il propose plutôt d’ouvrir largement le débat à l’ensemble des composantes de la société guinéenne afin de recueillir leurs attentes et leurs aspirations concernant l’avenir de l’éducation.
« Il sera surtout question cette fois-ci, non pas d’une démarche uniquement élitiste, mais de donner la parole aux Guinéennes et aux Guinéens de tous les bords afin de leur demander ce qu’ils/elles voudraient qu’on fasse de leurs enfants, le type d’éducation qu’ils/elles souhaiteraient qu’on donne à leurs enfants », e
xplique-t-il.
À travers cette proposition, Aboubacar Mandela Camara invite ainsi à une réflexion collective sur le modèle éducatif que la Guinée souhaite construire pour les générations futures.
Il renvoie par ailleurs à sa proposition de note conceptuelle, disponible via le lien associé à sa publication, pour approfondir les contours de cette conférence nationale sur l’éducation.
À propos de l’auteur
Aboubacar Mandela Camara est sociologue, expert-consultant en gouvernance des systèmes éducatifs et auteur. Il est également formateur en leadership scolaire et spécialiste des questions de genre. Il a été conseiller technique chargé des questions de législation scolaire au ministère de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation (MEPUA).
Par Aboubacar Mandela Camara Sociologue / Expert-consultant en gouvernance des systèmes éducatifs / Auteur
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.